SEVIO

SEVIO

Auteur Compositeur

Le voisin et le cerisier

C’est une étrange et ténébreuse affaire
Qui nous ramène bien des années en arrière
Quand la branche d’un cerisier a poussé
Bien au-delà de sa frontière autorisée
Le voisin à l’affut, toujours aux aguets
Voyait dans cette branche et son ombre portée
Un préjudice insoutenable pour son potager

Dans sa sagesse le juge n’a pas accordé
Les dommages que le plaignant réclamait
Mais il ordonna que la branche fût coupée
Sans autre forme de procès
Et pour éviter de nouvelles intrusions
Il souhaita même qu’elle le fût au tout départ du tronc

La balançoire ne survit pas à l’amputation
Le gamin du cerisier pour unique consolation
Fit dans son arbre, avec trois planches, un joli cabanon
Le voisin à l’affut, toujours aux aguets
Voyait dans cette cabane et son ombre portée
Un préjudice insoutenable pour son potager

Dans sa sagesse le juge n’a pas accordé
Les dommages que le plaignant réclamait
Mais à l’appui formel de la législation
Il ordonna que l’on démontât le joli cabanon
Et pour retrouver enfin calme et sérénité
Il souhaita que le cerisier fût en partie décapité

Le bel arbre vigoureux devint tout rabougri
A la belle saison il ne donna plus aucun fruit
Les pesticides du potager, disait-on, lui avaient nui
Mais par chez nous, tout le monde le sait bien
A moins d’être un juge très citadin
Qu’on ne coupe pas les arbres fruitiers
Sous les chaleurs d’un mois de Juillet
C’est pourtant ce qu’il fût décidé
Afin que la sentence au plus vite fût exécutée

Un soir de Novembre un vent plus mauvais
Déracine le racorni cerisier
Qui s’écrase évidemment dans le potager
Le voisin à l’affut, toujours aux aguets
Au cœur de pierre par le spectacle fût horrifié
Et en un éclair, une crise l’a foudroyée
La sordide affaire devint un grand mystère
Quand les cyprès qui bordent le cimetière
Donnèrent des fruits rouges, sucrés en plein hiver
Pour honorer la mémoire du disparu confrère
Et le voisin alors six pieds sous terre
Ne put ester en justice la belle affaire.